Depuis les années 70, un bouleversement profond est apparu dans nos sociétés occidentales. La forte automatisation du système de production doublée d’une informatisation des systèmes de gestion a produit pour la première fois dans l’histoire un décrochage entre la production de richesse et l’emploi. Ce qui veut dire que produire PLUS de richesse n’est PLUS aujourd’hui facteur d’activité. Au contraire, en 35 ans alors que la production de richesse a été multipliée par 2 c’est par 5 que le chômage a augmenté.
Il est vrai que, dans notre zone économique, nous avons quitté l’ère de la rareté pour entrer dans celle de l’abondance. De ce fait ce n’est plus l’investissement qui pousse la production de richesse mais la demande qui la tire. Cela veut dire que le problème n’est plus de « remplir » nos magasins mais de les vider du fait de la rareté de la demande SOLVABLE. Cette course à trouver un marché solvable pousse nos entreprises dans une guerre fratricide. En effet, la baisse des prix, en réalité baisse seulement de la quantité de marge et/ou de travail qu’il contient, nous entraîne vers une baisse des revenus d’activité dont l’issue inexorable est la destruction de notre système de redistribution et de l’environnement social et écologique dans lequel nous vivons.
Car notre système de redistribution n’est basé quasiment que sur les revenus issus de l’activité économique. Ainsi Le nombre, l’assiette et la hauteur de nos prélèvements baissent chaque année. Les jeunes entrent de plus en plus tard sur le marché du travail, la population vieillit et l’exclusion progresse avec 8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté. De l’autre coté notre modèle social (pouvoir d’achat + redistribution) prend une part importante dans nos prix et donc entre en concurrence avec ceux des pays en voie de développement. Si on rajoute au tableau la libre circulation des hommes, des biens et des capitaux qui vide les systèmes fiscaux les plus contraignants sur ceux qui le sont moins, nous pouvons d’ores et déjà anticiper la mort lente et programmée de notre système de redistribution à moins bien sûr de se fermer au monde … Mais alors, à qui vendrons nous nos Airbus et nos TGV ?
Ainsi, les partisans d’un revenu d’existence pensent que ce modèle de redistribution exclusivement basé sur les revenus issus de l’activité doit être réformé en profondeur. Issu d’une époque où la rareté des biens imposait leur rationnement, il devient caduc quand c’est l’abondance qu’il faut redistribuer.
Le principe d’un revenu d’existence est de scinder le revenu en deux : l’un variable en fonction de ma participation à l’activité économique et l’autre sous forme d’une rente inconditionnelle nantie sur la capacité à produire de notre appareil de production.
Reste à déterminer s’il est moral de recevoir un revenu quand on ne participe pas à la production ? A chacun sa réponse. Toutefois il est facile de rétorquer en se demandant s’il est moral de mourir de faim dans un monde d’abondance où nous pourrions reconnaître le mérite de ceux qui pourraient les soigner, les vêtir, les nourrir, les loger et les éduquer …
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