Tout changement de civilisation commence par des avancées philosophiques, scientifiques qui ouvrent de nouvelles représentations du monde et donc de nouvelles applications techniques et enfin des transformations psychosociales pour intégrer les nouveaux changements imposés par les faits. Mais pour que ces transformations psychosociales puissent avoir lieu, il faut changer nos représentations. Edgar Morin nous dit que l’ « on voit plus avec le cerveau que par nos yeux ! »
Pour bien comprendre l’enjeu du revenu d’existence, il va falloir que nous nous en forgions une représentation la plus commune possible afin qu’ensuite nous puissions débattre de la même chose. Nous allons donc commencer par le remettre dans un contexte plus vaste qui est celui du modèle sociétal dans lequel nous vivons. Cette partie vous semblera peut être un peu rude mais elle est nécessaire si nous voulons entrer en profondeur dans le sujet. Revenons donc à la notion de travail et alimentons sa représentation de concepts communs.
L’être humain est un être vivant. A ce titre il est un organisme composé d’éléments et de relations. Il fait partie lui même d’un organisme plus vaste : son environnement local avec lequel il échange en permanence des éléments et des relations. Pour des raisons internes et externes, certains de ces éléments peuvent venir à lui manquer. S’il en prend conscience, ses manques deviendront des besoins qu’il cherchera à satisfaire par son travail au sein de son environnement local. En fait l’archétype de tous les revenus est celui du fruit de son propre travail pour satisfaire ses besoins fondamentaux. L’air que j’inspire est le revenu de mon travail de respirer, le fruit que je digère est le revenu de mon travail de manger … Il est vrai que certains de ces manques pourront entraîner ma disparition s’ils ne sont pas satisfaits. On parlera alors de revenus fondamentaux pour satisfaire ceux-ci.
Mais que se passe t-il quand, par nécessité ou par volonté, j’ai besoin d’autrui pour une partie au moins de mes revenus ? Rien, si ceux qui y contribuent n’ont aucune exigence de réciprocité (économie du don). Dans le cas contraire (économie de marché) il y a reconnaissance de ma part d’une dette que j’ai envers celui qui a satisfait une partie de mes besoins en lieu et place de moi-même (cas de la division du travail dans nos sociétés complexes). Si je n’ai rien produit par moi-même qui le satisfasse en contrepartie, et si je dispose de monnaie, je pourrais transférer ma dette à toute la communauté à laquelle nous appartenons tous les deux en lui en cédant la partie correspondante à ses exigences. En effet, la monnaie est une créance de toute la communauté envers l’un des siens pour avoir contribuer à satisfaire le besoin d’un autre.
Pour se faire, je devrais être détenteur de monnaie. Mais si je n’en dispose pas comment en trouver ? Aujourd’hui je ne dispose que de trois moyens :
Satisfaire les besoins d’un des membres de ma communauté qui en possède: c’est le revenu d’activité. Disposer d’un revenu d’existence lié à une garantie de ma communauté fixée par le vote de la nation. Ainsi le Revenu d’existence existe déjà sous des formes et des montants divers : allocations, minima Sociaux,… Dans le cas où il ne dispose ni d'un revenu d'activité ni d'un revenu d'existence suffisant, il lui reste la possibilité de l’emprunter à l’un des membres de sa communauté qui en demandera le remboursement..
Nous voyons ici apparaître deux contradictions importantes :
- la première est que seule la satisfaction de besoins solvables peut se traduire par un revenu d’activité. Quid de tous les besoins qui ne le sont pas (Social, Ecologie, Recherche, Education, Santé, …)
- la seconde c’est que le besoin de revenu d’existence se fait sentir quand le revenu d’activité est en baisse. Or, c’est justement là que l’on en manque le plus puisque que la redistribution n’est assise que sur les revenus d’activité.
Ainsi la distribution de revenu (fruit du travail) basé exclusivement sur la participation immédiate à sa production (demande solvable) nous conduit inexorablement à l’insatisfaction de nos besoins fondamentaux qu’ils soient individuels, sociaux ou écologiques. Cette insatisfaction pour l’instant imparfaitement comblée par l’appel à l’endettement des ménages, des entreprises et de la nation est une impasse dont nous commençons à voir le mur immense construit à partir des milliards de briques que sont les intérêts composés.
Ainsi, il apparaît clairement qu’un revenu d’existence versé inconditionnellement du berceau à la tombe viendrait, s’il était d’un niveau suffisant, relancer la consommation tout en garantissant à nos entreprises le fruit de leur mérite et à la nation de nouvelles contributions pour assurer sa mission républicaine.
Tout cela semble bien beau mais comment finance-t-on le revenu d’existence face justement à cette absence de redistribution ? L’inflation n’est elle pas cachée au cœur du revenu d’existence ? N’est-ce pas là l’ancienne planche à billets ?
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